Pétra, je te le dis sans faille

C’était cuit, cramé, cousu depuis le début; il y avait une faille dans cette virée jordanienne; et cette faille la voilà.Menelik, chanteur de nos enfances blondes, ne s’y est pas trompé et n’est jamais allé à Pétra, comme il le chante: “tu es la seule qui m’aille, je te le dis sans faille, mais reste cool, bébé, sinon j’te dirai bye-bye.”Reflets orange du soleil sur les dunes et les falaises ocres; les groupes de touristes passent le guichet caméra en bandoulière; guides et chameliers patientent au bord du chemin.

Puis une ouverture étroite – une demi-douzaine de mètres – entre deux pans de falaise rose; et tout ce beau monde s’engouffre à pas lents dans le mystère obscur.

On chemine longtemps entre les deux parois qui se font plus hautes et dont la cime dessine un ruban de ciel bleu éclatant. Les strates de roches se correspondent sur chaque paroi, ni tout-à-fait la même ni tout-à-fait une autre, comme les deux côtés d’un visage. Sinueuse, la faille tourne à chaque instant; à chaque virage on croit la voir finir et déboucher à ciel ouvert; mais fausse alerte, ce n’était qu’un méandre.

Et soudain, comme on ne l’espère plus, c’est une illumination: dans le cadre étroit et torturé de la faille, comme découpé par les ciseaux d’un enfant, apparaît le Kazhneh, le “Trésor”, ce tombeau gigantesque taillé à même le grès rose.

La faille débouche sur une petite place encastrée entre trois falaises

Vous n’avez pas idée du temps qu’il faut pour obtenir une photo comme ça sans personne devant. Confucius n’a pas réussi, c’est vous dire.

Le style architectural, comme vous le voyez bien, est à cheval entre influence hellénique et arabe, ce qui sied à un peuple de commerçants qui bâtit sa fortune à dos de mules. A son apogée, entre le VIIè avant J.-C. et le IIIè siècle de notre ère, Pétra était un nœud caravanier entre l’Egypte, la Syrie et l’Arabie. On y échangeait des épices indiennes, du bitume de la Mer Rouge, des parfums d’Arabie (who “shall not sweeten this little hand”…) et, parfois, des blagues salaces.

Les Nabatéens, ceux qui creusèrent ces tombes, restent un peuple mal connu, sans doute parce que, quand vous en abattez un, ils disparaissent tous. Les inscriptions laissés sur les murs de Pétra feraient d’eux un peuple d’origine arabe mais sous influence araméenne. Leur langage était proche de l’araméen, mais a évolué progressivement vers l’arabe. Les dieux principaux étaient Dusares, dieu de la Montagne, et Uzza, déesse de la fertilité: deux dieux préislamiques (vous reconnaissez peut-être Uzza de ce qu’elle est, dans les Versets sataniques, de Salman Rushdie, l’une des trois idoles principales de la ville impie Jahiliya, que Mahound, le prophète-businessman, veut remplacer par Allah).

Pétra est un site immense et désertique, par endroits plaine aride, par endroits labyrinthe de failles étroites. Le grès bariolé des murs est en tous lieux creusé de tombes ou d’habitations, dont les occupants furent délogés il y a dix ans pour nos beaux yeux de touristes à billetons.

Troisième siècle, les routes commerciales changent sous la houlette romaine; Pétra voit sa prospérité finir; la ville sombre dans l’oubli; ses tombeaux sont pillés; le siècles se referment sur elle.

Mais un matin du début du XIXè siècle, en buvant son café sans filtre, un explorateur suisse converti à l’islam, Burckhart, a vent de ce mystère. Il traîne avec ses lascars et, agissant comme un voleur, il prétend venir sacrifier un mouton sur la tombe d’Aaron, frère de Moïse, dont la tombe se trouve justement sur un mont de Pétra. Rusé, il ne se fait pas surprendre en flagr’. Il prend ses cliques, ses claques et, tel Pétra, il se taille, et rapporte de ce voyage un merveilleux récit.

Certains lui disent “tu t’fais des films” et “dis-moi plutôt à quoi tu joues.” D’abord, réplique-t-il, ses coéquipiers ne sont pas des lascars, ce sont ses amis. Ensuite, ses récits fascinent et Pétra sort de son oubli millénaire.

A présent, quelques conseils aux voyageurs:

  • méfiez-vous des vieilles dames
  • deux jours est une bonne durée pour visiter Pétra
  • Le premier jour, nous avons vu les principaux monuments sans trop nous presser. Le matin: le Siq (= la faille) et le Kazhneh; à midi, le Monastère sur les hauteurs; au coucher du soleil, les tombes royales.
  • Le deuxième jour, nous avons exploré le – vaste – site de Pétra et fait deux randos faciles. Le matin, pour voir de haut le Kazhneh; l’après-midi, pour gravir le Mont Aaron (Djebel Haroun)
  • Pour la première balade: indiquée par le Routard et sensée donner une belle vue en surplomb sur le Kazhneh. Des cairns indiquent le chemin, balade facile et magnifique, mais on a manqué une intersection, si bien qu’au lieu de se retrouver en face du Kazhneh, on a abouti au-dessus, avec une magnifique vue sur ceux qui admiraient le Kazhneh… Pour ne pas rééditer cette erreur, il faut prendre à droite au bout d’une heure environ, au moment où on a un doute… Le bon chemin descend sur la droite, pendant une demi-heure. Les paysages sont de toute façon à couper le souffle.
  • Pour la deuxième balade, aucune difficulté d’orientation, paysages arides, magnifiques et très différents. La montée sur le mont Aaron est facile. N’oubliez pas, comme le précise le Routard, de demander “l’impressionnante clef du sanctuaire” à la maison du garde, sous peine de devoir redescendre les marches… Vue Technicolor à 360° qui embrasse Pétra, Israël et le Jourdain.
  • Pour la boustifaille: bons petits restaus pour le soir; la journée, prévoyez des sandwichs pour piqueniquer en route.
  • Si vous trouvez un guide du Routard épargné par le pluie, téléphonez-mi; si vous n’en trouvez pas, téléphonez-moi.

Le Kazhneh:

Autour du Kazhneh:

Les tombeaux des Rois:

Balade au-dessus du Kazhneh:

Le Mont Aaron:

Et bien sûr, sans vous laisser arrêter par ses terribles gardiens…

… n’oubliez pas d’aller chercher notre Routard:

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