Takht-e Soleiman, citadelle zoroastrienne

Plusieurs Iraniens me le disent clairement: l’Iran existait avant l’Islam et l’Iran ne se résume pas à l’Islam (même shiite). Cette conscience qu’ont les Iraniens de la longue histoire (c’est un euphémisme) de leur pays me rappelle en un sens le Mexique: par contraste avec le voisin américain (chez qui les Indiens sont parqués), au Mexique les pierres ont une histoire – Olmèques, Zapatèques, Mayas, Aztèques… J’ai la même impression, ici en Iran, que la superposition des peuples qui ont habité ou dominé l’Iran est pleinement vivante encore aujourd’hui.

Et comment ne le serait-elle pas? Plus de mille an avant la naissance de l’Islam, la Perse régnait de l’Inde à la Libye, et jusqu’au Danube; et c’est sans compter Suze, les Elamites…

Le zoroastrisme

Ce premier empire Perse était zoroastrien: née vers 1500 ou 1000 avant Jésus-Christ, c’est l’une des premières religions à supposer un dieu suprême omnipotent et omniprésent, Ahura Mazda, représenté par la lumière (et ultérieurement par la voiture du même nom). En ce dieu suprême comme en chacun de nous se livre une bataille entre les forces du Bien et celles du Mal.

Les quatre éléments – eau, terre, feu, air – jouent un rôle particulier, et le fait que rien ne doivent venir les polluer a donné naissance à la pratique des enterrements celestes: les morts sont déposés dans une “tour du silence”, dans le désert, où les vautours se chargent de faire disparaître les corps – une pratique interdite depuis quelques décennies seulement.

Takht-e Soleiman

La citadelle que je visite – “Takht-e Soleiman” – date du second empire Perse (-200 – 200), celui des Sassanides, une dynastie mède. C’était le centre spirituel de l’Empire et il y brûlait l’un des trois feus sacrés de l’Iran zoroastrien.

Le site géographique est surnaturel: dans une grande plaine entourée de montagnes arides, une colline est couronnée, à son sommet, d’un lac presque rond qui semble posé là par magie. Ses eaux bleues intenses capotent contre son pourtour vertical. Le fond n’est pas visible.

Les Sassanides ont entouré le sommet de la colline de murs d’enceinte et construit temples et palais autour du lac. Avec le feu qui y brûlait, les trois autres éléments étaient reunis: eau du “lac sans fond”, terre du désert, et cette copine dont l’élévation semble faire le lien entre ciel et terre.

L’impression de surnaturel n’a pas quitté les lieux, malgré les explications géologiques. Le sanctuaire de Takht-e Soleiman reste un nombril du monde.

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Et j’oubliais: à quelques kilomètres de là, une excroissance conique de 100 mètres de haut est creusée d’un cratère parfaitement cylindrique, de 80 mètres de fond; que demander de plus?

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