Orphelinat L’Esperance: un Rwanda durable?

Sur les conseils d’une collègue qui a vécu au Rwanda, je séjourne à l’orphelinat L’Esperance, sur le lac Kivu.
C’est un Rwanda très différent de Kigali, la capitale tirée au cordeau d’un pays qui se veut la Suisse de l’Afrique, et même de sa voisine Kibuye, petite ville “touristique” qui surplombe le lac Kivu.

Déjà, l’accès: Une belle route construite par les Chinois relie en trois heures les 200 kilomètres qui séparent Kibuye de la capitale. Mais pour se rendre au village de Kigarama, où se trouve l’orphelinat, il faut une bonne heure de moto-taxi et une trentaine de kilomètres sur une route de terre, semée d’ornières, qui serpente le long du lac à flanc de colline. Les cahots sont incessants; la côte est très découpée, et par moment ce sont presque des fjords que l’on contourne, dans un paysage magnifique de collines cultivées qui me rappelle le Guizhou. En bordure de route, des files de piétons. Je garde mon appareil photo en bandoulière; à l’arrivée il est recouvert de poussière ocre.

Puis la pauvreté manifeste: A Kigali, pas d’enfants errants, pas de bazars de rues, pas de mendiants en loques; ici la misère est omniprésente. Les chemins sont à peine praticables, la plupart des maisons sont en terre sur armature de bois, la terre des champs est sèche. Souvent les enfants ont le crâne couvert d’une sorte d’eczéma ou le ventre rendu obèse par une bactérie intestinale. Les vieillards demandent de l’argent pour manger. Sous un soleil de plomb, les paysans bêchent les champs ou portent sur la tête de lourds fagots.
J’arrive au crépuscule et Victor Monroy, le directeur de l’orphelinat, me met à l’aise avec une piña colada maison. Puis il me raconte l’histoire de cet orphelinat.


Un orphelinat durable
L’histoire du village ne ressemble pas à la success story qu’on entend souvent du Rwanda: 900 dollars de revenu annuel par habitant, d’excellents scores au classement Doing business de la Banque mondiale, la jolie vitrine de Kigali… Ici les salaires atteignent parfois 50 dollars par mois, mais l’agriculture va rarement au-delà de l’autosuffisance et les tensions interethniques sont à fleur de peau.

Depuis que Victor Monroy a pris la direction de l’orphelinat, en 2006, il cherche à en faire un modèle durable: développer suffisamment d’activités autour de l’orphelinat pour à terme en couvrir les coûts. Les projets sont multiples: vente de CDs chantés par les enfants, sculptures d’animaux en bois, la plus grande culture de fruits du Rwanda (ce qui en dit long sur le pays)… Pas facile d’exporter depuis ce village loin de tout: l’Espérance commencera bientôt la production de fromage et d’ananas séchés.

Certaines des idées de développement durable expérimentées ici viennent de l’extérieur: des ingénieurs de la NASA ont conçu un “château d’eau” miniature qui purifie 20 000 litres par jour; Ingénieurs sans frontières à mis en place un système d’alimentation électrique par énergie solaire; des volontaires passent de quelques jours à quelques mois à travailler pour l’orphelinat: peinture des murs en couleurs vives, cours d’anglais, soins médicaux…

En décembre tous les orphelinats devront fermer sur décision du gouvernement; les enfants seront attribués à des familles. C’est ce qu’on appelle le progrès.
Hôte d’un jour et faute d’y demeurer plus longtemps, il ne me reste qu’à témoigner de cette initiative et du courage de ceux qui s’y impliquent.
Vous pouvez accéder aux articles contigus de ce carnet:<< From Kigali with loveDu lac Kivu au Parc national des volcans: une journée de transit multimodale >>

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