Deux jours de randonnée dans les Calanques

Il y avait longtemps que je voulais aller marcher dans le parc des Calanques.

Nous étions mi-février et il pleuvait à Paris; j’avais un weekend libre sans rien de prévu. J’ai vérifié la météo, pris mes billets un jeudi, fait mes courses le vendredi, et samedi matin j’étais dans le TGV de 7h37 pour Marseille. Pour compagnie, j’emportais Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson.

A la gare de Lyon, j’ai trouvé les voies noyées de brume, avec des trains fantomatiques qui y grinçaient. Le temps était froid et humide, la lumière triste et grise. Je me suis assis à ma place, avec un espresso qui me brûlait la main et un croissant de chez Paul. Sur la tablette repliée, un voyageur avait abandonné un livre: Amour et silence, par un Chartreux. J’en ai feuilleté quelques pages; elles n’appartenaient pas à notre époque.

Dans le carré voisin, deux hommes discutaient et le plus massif des deux se félicitait de ce que ses trois enfants fussent ingénieurs. Ils devaient être heureux alors. J’ai suivi pendant quelques pages Sylvain Tesson faisant ses courses de boites de sauce tomate Heinz, par dizaines, et de bouteilles de vodka, par dizaines aussi, avant de s’isoler pour six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal. Mon aventure était peu de chose en comparaison mais l’excitation était la même. L’arrivée en gare d’Aix m’a surpris dormant, et à 11h je descendais à Marseille Saint-Charles.

J’ai pris le métro jusqu’au rond-point du Prado, puis le bus 19 (jusqu’à la Madrague de Montredon); j’ai manqué la correspondance pour Callelongue (bus 20) et j’ai donc commencé à marcher d’un peu plus loin que prévu, traversant le massif du Marseilleveyre.

Détails pratiques: accès depuis Paris, carte, eau, bivouac, durée

Avant de poursuivre, un petit rappel sur les indispensables:
  • Accès depuis Paris. Le train de 7h37 arrive à Marseille à 11h. Prendre le métro jusqu’au rond-point du Prado, le bus 19 jusqu’à la Madrague de Montredon, puis le bus 20 jusqu’à Callelongue. Pour le retour, départ de Cassis par le train de 19h et arrivée à Paris à 23h20.
  • Carte. Il faut a minima la carte IGN des Calanques (au 1:15 000): le marquage étant très clair, elle suffit totalement pour ceux qui ne font pas d’escalade, et elle très utile car les chemins sont en fait assez nombreux (en plus du GR, il y a 6 autres couleurs de balisage). La carte indique, pour chaque itinéraire, la difficulté des tronçons (en particulier, les passages qui requièrent un peu d’escalade sont marqués). J’ai suivi le GR tout du long, à part un petit détour par les falaises du Devenson (itinéraire vert), qui valait largement la peine.
  • Eau. On ne peut acheter d’eau qu’à un seul endroit à ma connaissance (la calanque de Morgiou, à peu près à mi-chemin); je suis parti en période hivernale avec 4 litres (deux par jour), ce qui m’a suffi, mais dès qu’il fait chaud il en faut bien sûr plus.
  • Bivouac. Il est interdit de bivouaquer dans le parc et on ne peut pas légalement y dormir. A la lecture des forums et des blogs, une tolérance morale permet d’y coucher à la belle étoile (ce que j’ai fait), mais cela reste interdit et il faut évidemment ne rien laisser derrière soi. Je ne le suis permis, par ailleurs, que parce qu’en hiver la fréquentation était réduite.
  • Durée. D’Ouest en Est, j’ai marché 5h1/2 le premier jour à un bon rythme (Madrague de Montredon – col de la Grande Candelle) et 4h le deuxième (du col de la Grande Candelle à la gare de Cassis); cela veut dire que, sans sac, la randonnée se fait à la journée pour les très bons marcheurs. Cependant, couper la randonnée permet de mieux profiter des moments de calme.
  • La plus belle section est celle qui est la plus escarpée et la plus éloignée des accès par route: entre les calanques de Sugiton et d’En-Vau. A l’Ouest de Sugiton, le relief est moins abrupt et les promeneurs viennent facilement par la route de Morgiou; à l’Est d’En-Vau, les gens viennent à pied de Cassis. Entre les deux, le relief est vertical et la solitude presque totale (du moins en février…).

Mon itinéraire dans les Calanques

La traversée du massif de Marseilleveyre jusqu’à Callelongue m’a pris environ une heure. C’est une belle introduction au massif des Calanques. Le relief reste doux, les senteurs sont exquises, le calme est souverain.

Callelongue est le dernier point accessible par la route de ce côté-là. Il y a un petit restaurant à 15 minutes de marche, et c’est donc assez fréquenté. On suit la côte et ses méandres, sans monter en altitude. Je casse la croûte peu après.

Deux heures plus tard il y a un petit col à passer, et on redescend sur Sormiou et Morgiou, deux grandes calanques qui sont accessibles par la route et donc assez fréquentées. Le GR n’y descend pas et, mes réserves d’eau me paraissant suffisantes, je reste sur les hauteurs.

Je me perds un peu en voulant prendre des raccourcis (beaucoup de chemins possibles…). Sur le côté d’un chemin, des petits santons posés et collés sur la roche blanche.

A l’approche de la calanque du Sugiton, la foule se fait plus rare et reflue au crépuscule. Je dois me trouver un endroit plat et abrité du vent pour passer la nuit. Je bavarde avec les autres promeneurs, et l’un d’entre eux me conseille de dormir en contrebas du col de la Candelle. J’y monte en une bonne demi-heure et j’y trouve un endroit idéal: plat, sans végétation, en contrebas donc abrité.

Du col de la Candelle la vue embrasse tout le chemin parcouru, sur lequel le soleil s’incline et disparaît, et la route du lendemain. En baissant le regard on plonge de quatre cent mètres dans une eau qui scintille. Les lumières de Marseille s’allument peu à peu et encerclent le massif des Calanques comme une lèpre qui s’étend. Les couleurs du couchant jouent sur le relief déchiqueté et l’air se rafraîchit. Je bois à longues gorgées

Je mets des habits chauds et je m’étire. Je gonfle mon matelas et j’y déplie mon sac de couchage. Puis je sors du pain, du saucisson, mon couteau, du pâté, des fruits secs et je déguste ce repas royal sur un petit éperon rocheux qui surplombe un vide silencieux. J’attends que le soleil ait disparu, que les couleurs changeantes qu’il jetait sur la pierre se soient éteintes, et lorsque le froid me saisit je me couche.

Avant de m’endormir je compte les étoiles et j’espère ne pas trop me les peler dans cette longue nuit.

Le soleil matinal me réveille. La nuit a été fraîche et l’extérieur du sac de couchage est perlé de rosée. Je prends mon petit-déjeuner en surplomb de la mer calme et des roches encore grises de l’aube.

Les deux heures de marche qui suivent le long des falaises du Devenson sont les plus belles de la randonnée. Le GR suit le bord de la falaise, avec de magnifiques vues à pic.

Je ne croise personne. Le silence est total. Parfois, en bord de chemin, des pitons marquent le sommet d’une voie d’escalade, qui part cent ou deux cent mètres plus bas.

En arrivant au-dessus de la calanque d’En-Vau, la première des calanques de Cassis, je m’assieds avec mon livre face au panorama.

Je descend dans la calanque. Lorsque j’y arrive j’y suis presque seul. Les murailles rocheuses qui l’encadrent, couvertes de pins, me rappellent les Montagnes Jaunes en Chine. Même à-pic, même verticalité, même simplicité de langage paysager, bicolore entre les pins et le roc. L’affluence croît avec la matinée, entre les groupes qui viennent à pied de Cassis et les bateaux à moteurs qui contournent par la mer.

Je remonte de l’autre côté de la calanque d’En-Vau. C’est très peuplé – c’est plat une fois qu’on est monté. Je trouve avec peine un rocher sans touristes pour casser la croûte et je sors mon saucisson.

Mon train est en soirée, j’ai donc du temps. Je cherche un endroit au calme. J’en trouve un en m’écartant du sentier principal. Face à la calanque de Port-Pin et, au loin, les falaises de Cassis, je lis les aventures sibériennes de Sylvain Tesson en me réchauffant au soleil.

La fin est moins glorieuse: longer la calanque de Port-Miou – très fréquentée -, traverser la ville de Cassis – très touristique -, puis marcher trois kilomètres jusqu’à la gare de Cassis.

 

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